Perspectives

Quelles perspectives pour la photographie patrimoniale ?

jeudi 17 avril 2008

Par Françoise Denoyelle présidente de l’ADIDAEPP

Dans le champ des acteurs du monde photographique l’ADIDAEPP a toujours formulé ses remarques et oppositions. Elle s’est toujours affirmée au travers d’une approche constructive et comme une force de proposition pour éclaircir l’avenir. Il n’est pas inutile de rappeler sinon tous les épisodes (les 8 communiqués de presse et la revue de presse y suffisent) du moins les conditions qui ont présidé à sa constitution pour éclairer le nouveau paysage qui se dessine.

Les années grises

La dissolution de Patrimoine photographique, en 2004, s’est inscrite dans une politique de désengagement de l’Etat. Dans la conclusion générale à la Journée d’études sur la reconnaissance culturelle de la photographie (1970-2003) organisée par l’EHESS avec le soutien de la SFP et du Comité d’Histoire du ministère de la Culture, je rappelais que la Documentation française venait d’annoncer la fermeture de sa photothèque. Ce qui s’est traduit par la dispersion de ses fonds et de ses archives, la fin de la politique d’enrichissement de ses collections par des commandes sur des sujets de société et la cessation d’une mise à disposition quasi gratuite de ses collections à l’usage des institutions publiques et de la recherche. Je signalais également l’abandon, par les Archives nationales, de la « Mission pour la photographie dans les archives » à l’initiative de Michel Quétin dont l’objet était de recenser les collections de photographies dans les archives des collectivités territoriales. Le même phénomène de repli s’est confirmé avec la suppression de la Commission nationale de la photographie. Son remplacement, en2006, par le Conseil supérieur de la photographie, a eu pour unique effet de supprimer le budget dont jouissait la Commission. Réuni une seule fois, il n’a rien produit.

C’est dans ce contexte que l’ADIDAEPP, soutenue par le monde de la photographie (photographes, conservateurs, bibliothécaires, éditeurs, galeristes, restaurateurs….), a entrepris une campagne de presse pour alerter l’opinion publique des méfaits d’une nouvelle orientation de la politique patrimoniale engagée sans aucune concertation et dont des fonds aussi prestigieux que ceux de Boudinet, Kertész, Kollar …. allaient faire les frais. Une note de deux pages a eu raison de Patrimoine photographique sans qu’aucun projet culturel ne préside à son remplacement. D’une structure, qui n’était pas sans défauts, mais bien identifiée dans ses fonctions et d’une grande visibilité, on est passé à un dispositif complexe répartissant les missions de conservation, valorisation culturelle et diffusion commerciale entre trois institutions. Ce que nous avons traduit dans notre communiqué de presse de juin 2005 par : « Cet assemblage ressemble à une flotte de navires sans commandement ».

Pour résumer, à l’origine, c’est Jeu de Paume (sous les auspices de la Direction des arts plastiques –DAP-) qui outre une subvention confortable autrefois dévolue à Patrimoine photographique se vit attribuer la responsabilité des collections de l’ex Patrimoine photo. Puis on nous annonça que celle-ci en était dévolue à la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine (sous la houlette de la Direction de l’architecture et du patrimoine –DAPA-). Jeu de Paume ne conserva que «la valorisation culturelle», une nébuleuse qui elle aussi est en devenir. Ce transfert n’est pas anodin. L’année 2006 fut marquée par l’expertise, à la demande des donateurs et ayants droit, des conditions de conservation à Saint-Cyr. Expertise qui s’est révélée parfaitement justifiée. Ce long travail d’analyse critique, d’explications, d’expertise n’a pas été, pensons nous, sans effets.

Vers une embellie

L’ADIDAEPP s’est toujours voulue positive. Ce qu’a bien compris le Ministère en invitant sa présidente au Comité des donateurs. Ce comité sans pouvoirs est cependant un lieu de dialogue et d’échanges, certes parfois vifs, mais qui s’avéra être un premier tremplin pour une meilleure compréhension des problèmes et une écoute de nos propositions. L’accumulation des notes et rapports d’experts divers (pas moins de 5) abondant dans notre sens contribuèrent également à la prise de conscience de l’intérêt de nos propositions. D’autres éléments de circonstance favorisèrent un nouveau climat. La vente des hôtels particuliers qui accueillaient la Médiathèque du patrimoine entraîna la mise à disposition de nouveaux locaux à Charenton-Le-Pont. L’attribution d’une partie des fruits de la vente favorisa l’idée de mettre en chantier un véritable projet. Enfin la création, en 2007, d’un secrétariat général au Ministère, en la personne de Madame Christine Le Bihan-Graf, accéléra la prise en compte des difficultés que rencontraient les donateurs pour faire respecter les engagements de l’Etat si bien que dans notre communiqué de presse de juillet 2007 nous pouvions annoncer qu’une partie de nos demandes avait été prise en compte :

Le 20 juin 2007, les donateurs et ayants droit ont été reçus à la Direction de l’Architecture et du Patrimoine. Le ministère de la Culture a promis :

*        le déménagement des fonds photographiques de l’ex Patrimoine photographique du Fort de Saint-Cyr vers l’ancienne école d’architecture de Charenton-le-Pont.

*        la création d’un comité scientifique de pilotage

*        la création d’un département photo à l’intérieur de la Médiathèque.

*        la nomination d’un conservateur à la tête de ce département.

L’ADIDAEPP, tout en se félicitant d’une orientation plus positive, appelait cependant à la vigilance au regard de ce qui restait des promesses. Et des promesses non suivies d’effets nous en avions déjà connues. Dès le 30 septembre 2007, paraissait au Journal officiel un avis de vacance d’un emploi de directeur de projet rattaché à la secrétaire générale du Ministère. Il nous donna la mesure des ambitions de l’Etat. Avec le futur « Centre de la documentation patrimoniale et de la photographie », nous n’étions plus dans l’organisation d’un déménagement de la Médiathèque du patrimoine et un simple aménagement de bâtiments, mais dans un projet prenant en compte les missions de service public devenues déficientes et une démarche ouvrant la voie à la concertation avec les professionnels. Une volonté de projet se précisait, il y allait enfin avoir un capitaine sur le bateau. Monsieur Manuel Bamberger, secrétaire général de la DAPA, qui suivait le dossier Patrimoine photo fut nommé directeur de projet. Une politique nationale de la photographie patrimoniale n’était pas encore à l’ordre du jour, mais la création d’un centre où la photographie patrimoniale s’inscrivait comme une des composantes majeures confirma les nouvelles orientations. Le Ministère se garda d’effets d’annonce sans lendemain. Seule l’ADIDAEPP, dans sa conférence de presse du janvier 2008 et sa lettre aux adhérents du 20 mars suivant, fit état de l’avancement des travaux.

Quelles perspectives alors que se met en place la révision générale des politiques publiques?

Un conseil d’orientation scientifique et culturel en vue de l’installation du futur Centre de la documentation patrimoniale et de la photographie à Charenton-le-Pont a été constitué sous la présidence de Jean Mesqui. Composé de vingt personnes : représentants d’institutions conservateurs, universitaires, il s’est adjoint d’autres personnalités lors de ses six séances (février-avril 2008) en fonction des sujets abordés. Introduit et conclu par la secrétaire générale du Ministère, il était chargé de débattre des options présentées par le Ministère concernant les principales orientations et fonctions du futur Centre.

Sans déflorer la confidentialité des réunions, on peut observer que la photographie a été au cœur de nombreux débats en raison de l’histoire de l’institution dont les missions essentielles concernent les archives relatives au patrimoine architectural et au mobilier. Les archives photographiques qu’elle conserve dans une logique documentaire ont au fil des années été enrichies de fonds divers, mais importants tant par leur intérêt que par leur quantité et, plus récemment, des donations de l’ex Patrimoine. Dès lors comment situer le nouveau Centre au cœur de logiques différentes ?

J’ai activement participé aux débats, au titre de professeur des universités, par deux contributions sur «Enrichissement et conservation des fonds» puis sur «Photographie». De son côté Michel Poivert, président de la Société française de photographie et professeur des universités, est intervenu sur «Un centre de recherche sur la photographie dans le cadre de la nouvelle Médiathèque de l’architecture et du patrimoine». Enfin Marc Vernet, professeur des Universités, a traité «De la photographie, ou le syndrome de l’auberge». Quelques idées fortes ont prévalu. Le conseil a préconisé un rôle transversal dans une logique de réseau. Le futur Centre sera une tête de réseau patrimonial et un pôle de référence, il s’inscrira comme lieu d’excellence en matière de conservation. Un conseil d’orientation scientifique déterminera un programme de travail adossé à la recherche en étroite liaison avec les universités, les écoles et institutions spécialisées. Un département photo doit être préfiguré à échéance septembre 2008.

Ces préconisations témoignent d’une volonté tripartite (secrétaire générale du Ministère, directeur de la DAPA, directeur de projet) d’orienter les choix stratégiques vers une amplification des missions dédiées à la photographie patrimoniale. Alors qu’on annonce le départ de la secrétaire générale, les orientations du Conseil seront confrontées à la réalité de l’organisation de structures complexes (la gestion de 2 sites très éloignés l’un de l’autre occasionnant des surcoûts, des collections et des approches répondant à des logiques différentes). Mais surtout elles ne tiennent pas compte des implications en terme de fonctionnement (personnel et budget) et des crédits alloués pour la phase II des travaux à Charenton-le-Pont dont dépend largement la création du Centre. Les ambitions de ce dernier seront largement tributaires de l’enveloppe budgétaire définitivement allouée. Ce sera l’un des critères forts de l’intérêt que peut porter le Ministère à la photographie. L’actualité récente a encore montré qu’une commission ne fait pas le printemps. La vigilance du monde de la photographie est plus que jamais de mise.

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